Rebâtissons nos cathédrales ! (La Tribune 03/05/2020)

Par Jean-Louis Bouchard, Président d'Econocom - Lien de la publication en ligne  

LETTRES DU CONFINEMENT. Dans cette rubrique de témoignage de dirigeants d'entreprise sur la crise sanitaire, Jean-Louis Bouchard, Président d'Econocom écrit ce billet pour faire part aux jeunes générations de son expérience des crises et livre ses espoirs sur l'après-Covid.

Depuis que j'ai créé Econocom  en 1973, j'ai affronté des crises majeures comme le krach boursier d'Octobre 1987 ou la décision d'IBM de baisser ses tarifs de 80% sur une partie importante de son offre qui correspondait à nos contrats de locations et à nos stocks ou encore, la crise des subprimes et la faillite de Lehman Brothers qui a entrainé une crise mondiale de liquidité suivie d'une crise économique qui a duré jusqu'en 2012. Pour des raisons diverses, elles auraient toutes pu être fatales à l'entreprise que je dirige. 

À chaque fois, grâce à la combativité de tous, à son ADN de guerrier, à la transparence et à la sincérité de sa communication interne et externe, non seulement le groupe est sorti vivant mais il a rebondi vers une longue période de croissance, renforcé de ce que nous avions durement appris.

Ce qui me frappe dans la crise que nous vivons aujourd'hui, c'est que pour la toute première fois de ma longue carrière, l'informatique, devenue depuis le « digital »,  le cœur du métier d'Econocom, est vu de façon résolument positive. Il se révèle acteur de notre capacité à gagner ensemble cette bataille. En permettant de mettre du jour au lendemain un pays en télétravail ou en télé-éducation mais aussi en assurant l'indispensable continuité de fonctionnement des centres névralgiques d'une nation que sont les hôpitaux, les centres de recherche, les centrales nucléaires, les centres de commandement des forces de l'ordre, les fonctions régaliennes de l'état. Piloté et contrôlé par nous, il devient une « main d'Aristote », un instrument de nos instruments de défense

Ce digital-là, celui qui permet d'aider, de soigner, de travailler, de continuer à faire société dans ces périodes proprement  inimaginables il y a encore quelques mois, va changer d'image et de statut. A l'heure où beaucoup de chefs d'entreprises s'interrogent légitiment sur leur raison d'être, faire corps avec nos clients pour inventer ensemble des solutions digitales efficaces qui permettent de les renforcer dans un monde en pleine transformation me plait beaucoup.

L'une de mes plus grandes satisfactions professionnelles m'a récemment été donnée quand j'ai lu les remerciements chaleureux et enthousiastes d'hommes et de femmes d'Engie, d'Allianz, de France Télévisions, de la BPCE, de Danone, de la SNCF, de la Sorbonne, du Conseil Départemental des Bouches-du-Rhône... pour ne citer qu'eux.
Quelle fierté de constater le courage et l'abnégation spontanés de ces milliers de collaborateurs qui ont développé la nuit et le weekend des applications de suivi des malades à domicile, qui ont installé dans l'urgence des systèmes résilients de télétravail à très grande échelle, qui ont fourni et installé du jour au lendemain des équipements de sécurisation des infrastructures et des réseaux. J'ai très longtemps évité à l'occasion de dîners mondains, de parler de mon activité à mes deux voisines de table sachant pertinemment que je perdrais inévitablement leur attention très rapidement...Aujourd'hui, je n'hésiterais pas une minute pour revendiquer notre beau métier !

Le cours d'une vie plus normale va reprendre. Le confinement bien qu'indispensable va toucher ses limites et ne sera plus supportable. Les personnes âgées dont je fais partie pourront contracter le virus et seront hospitalisées avec de bien meilleures chances de guérison grâce aux mesures qui ont évité la saturation des capacités de réanimation et au dévouement remarquable de tout le système de soins.

L'envie de(re) vivre, d'entreprendre, de travailler , de rendre service, d'être utile ,d'avoir une vie sociale, sera là, probablement différente et plus forte « qu'avant ».

C'est dans le danger qu'on apprend le plus. Nous sommes servis ! Alors qu'aurons-nous appris cette fois ? Que notre modèle de surconsommation fait fausse route ? Que nos schémas de production sont  parfois des labyrinthes qui piègent leurs propres concepteurs ? Que face au danger, l'autorité, la discipline , et surtout la solidarité sont incontournables ?

Mille autres questions seront sur la table. Soyons humbles et de bonne foi au temps venu du diagnostic. Soyons ouverts, créatifs et visionnaires dans les réponses que chacun apportera pour repenser collectivement l'architecture du monde qui nous ira mieux. Et au moment de l'action politique, environnementale, sociétale et économique, redevenons d'audacieux bâtisseurs de cathédrales !

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