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Malgré la pénurie, garder le contrôle de sa planification du stockage n’est pas une illusion

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publié le 25-06-2026

Alors que les premiers signaux d’alerte étaient déjà visibles fin 2025, la réalité frappe en 2026 plus durement que prévu. Une technologie qui coûtait encore 100 000 euros l’an dernier coûte aujourd’hui jusqu’à trois fois plus cher. La mémoire RAM et les capacités de stockage augmentent d’un facteur de trois à cinq. Le cloud suit le même mouvement, plaçant les organisations face à des choix difficiles : reporter, réduire ou faire preuve de créativité avec des modèles hybrides. Un fournisseur tire toutefois son épingle du jeu : IBM est monté à 22 % de part de marché dans le stockage d’entreprise au premier trimestre.

Sur ce marché du stockage, la planification des capacités devient structurellement plus complexe : toute décision basée sur les besoins actuels implique désormais près d’un an d’attente avant la mise en œuvre d’une solution. C’est paradoxal, car estimer les besoins de capacité si longtemps à l’avance est extrêmement difficile. Les cycles budgétaires et d’approvisionnement sont complètement désynchronisés.

En parallèle, les fournisseurs eux-mêmes deviennent plus volatils. Là où les prix restaient autrefois fixes pendant deux à trois mois, ils ne durent désormais que deux semaines. Les processus d’appel d’offres de type RFP se terminent parfois sans offres, faute de garanties tarifaires : du jamais-vu. Dans des cas exceptionnels, des commandes sont même annulées par le fournisseur lui-même — encore du jamais-vu. Sans planification proactive, les organisations perdent le contrôle de leur stratégie d’infrastructure.

Bien que l’IA soit à l’origine de cette crise de la mémoire, elle est aussi le moteur d’une demande renouvelée en capacité de stockage locale. De plus en plus d’organisations optent délibérément pour une IA on-premises plutôt que pour des solutions cloud hyperscale — la prise de conscience autour de la souveraineté des données grandit chaque jour. De plus, les applications d’IA nécessitent un stockage de données vectoriel, bien plus gourmand en espace que les bases de données classiques, accentuant encore la pression sur un marché déjà tendu.

Dans ce contexte, les différences entre fournisseurs deviennent plus visibles et plus marquées. Les fabricants qui développent et produisent eux-mêmes leurs disques, comme IBM, peuvent par exemple automatiser la détection des ransomwares directement au niveau du matériel et ainsi optimiser les performances. Mais cet avantage technologique ne suffit pas à lui seul.

IBM combine cette intégration verticale avec une stratégie d’approvisionnement proactive : en achetant très tôt les technologies de mémoire, l’entreprise a pu maintenir les prix de ses solutions IBM FlashDisk stables jusqu’au début mai 2026, alors que ses concurrents appliquaient rapidement des hausses significatives.

Même après l’annonce d’un premier ajustement tarifaire, IBM reste nettement en dessous du niveau du marché avec sa technologie de stockage. Parallèlement, cette stratégie se traduit en termes de disponibilité : les délais de livraison d’IBM, de deux à trois semaines, sont exceptionnels dans le contexte actuel et font la différence pour les organisations incapables d’anticiper leurs besoins en capacité plusieurs mois à l’avance. 

À un niveau macroéconomique, les pénuries devraient se prolonger jusqu’à la mi-2027. Les prix ne baissent pas et les investissements reportés s’accumulent. Reporter les décisions à l’année prochaine constitue une fausse bonne idée.

La question est de savoir si les entreprises doivent suivre aveuglément cette spirale de hausse des prix. Ce qui est certain, c’est qu’au niveau des conseils d’administration, une prise de conscience s’impose : la hausse annuelle classique du budget IT de 4 à 6 % devient structurellement insuffisante. La cybersécurité accapare une part croissante des budgets, les coûts de la virtualisation ont fortement augmenté, et les infrastructures vieillissantes doivent également être renouvelées. L’IT n’est plus une simple charge opérationnelle, mais un levier stratégique — et un risque stratégique. Des systèmes obsolètes et des disques défaillants ne sont pas des problèmes informatiques : ce sont des problèmes d’entreprise.

Après près de quarante ans dans le secteur IT, j’ai connu beaucoup de situations, mais jamais une dynamique de marché comme celle-ci. Les règles du jeu évoluent chaque mois. Les organisations qui planifient leur stratégie d’infrastructure sur une base annuelle sont déjà en retard. Agir de manière proactive, raccourcir les cycles de décision et s’appuyer sur des partenaires garantissant disponibilité et engagements clairs ne sont plus un luxe. C’est aujourd’hui la seule façon de garder le contrôle dans un marché où les repères traditionnels ont disparu.

Frank Goossens

Executive Manager Infrastructure, Econocom